Habiter poétiquement le monde ne consiste pas à le recouvrir d’un manteau de beaux mots.
Habiter poétiquement le monde, c’est s’efforcer, au contraire, de le voir dans sa plus grande nudité.
Face à sa réalité, devons-nous souligner son impressionnante beauté, sa sidérante étrangeté ou plutôt sa déchirante brutalité ?
Habiter poétiquement le monde, c’est peut-être parfois juste pleurer face à sa noirceur, tout en dépassant les vaines aigreurs ; c’est faire rentrer ses propres malheurs dans un cocon de pudeur ; c’est surtout cultiver ce qui fait battre le cœur.
Habiter poétiquement le monde, c’est vouloir se tenir au plus près de lui, là où il résiste à ce que l’humain en comprend aujourd’hui.
C’est ne rien lui ajouter, mais juste l’écouter.
C’est tenter de lui retirer ce qui l’étouffe : les évidences sans clairvoyance, les arrogances et les toutes-puissances, la surabondance et l’indécence.
Habiter poétiquement le monde, c’est une manière d’interroger sa complexité et d’en être époustouflé ; c’est en éprouver l’inaccessible vérité et accéder à l’immensité d’une laïque spiritualité.
C’est surtout laisser résonner en soi le vertige de la question de Leibniz : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
C’est raisonner jusqu’à l’ivresse, jusqu’à ce qu’apparaisse, brute et nue, la grande Énigme face à laquelle les mots cessent leur numéro. Ils arrêtent enfin de nous mener en bateau !
Face à toi, ô divine énigme, tombent un à un tous les paradigmes !
Face au mystère de l’origine, certains parient sur un paradis… pendant que d’autres préfèrent y ressentir la source d’une laïque poésie : magie de la vie et questions à l’infini !
Ta question, Leibniz, est autant un délice qu’un supplice !
Elle est la matrice de ce qui restera à jamais hors de toute maîtrise.
Elle oriente certains sur le chemin de l’église, et d’autres sur celui de spiritualités plus discrètes, en coulisses.
Source d’un vertige croissant au fil des ans, au fil du constat troublant que, face à toi, les discours les plus savants ne sont que du vent !
Merci, Leibniz, d’avoir formulé LA question ! La question frontière entre philosophie et spiritualité.
La question à la réponse hors de raison, source d’une profonde émotion.
La question qui change nos perceptions et nourrit l’inspiration.
La question, surtout, qui nous montre une direction… vers une véritable connexion avec l’au-delà des mots, l’au-delà des sots.
Dans ton écho, j’arrive parfois à distinguer dans le monde autre chose qu’un grand troupeau, autre chose qu’un grand chaos… Pas de quoi cependant, dans ce flow, trouver un vrai repos… juste les ondes profondes et dissonantes du monde ; bref, la poésie de la vie autant que de la galaxie ! Serait-ce cela, habiter poétiquement le monde ?
Martha
Atelier de Stylosophie « Comment habiter poétiquement le monde ? »

