À quoi doit-on être fidèle ?
Pour répondre à cette question, il me semble incontournable de s’en poser une première qui la présuppose : À quoi bon être fidèle ? ou encore, pourrait-on dire, dans un esprit plus provocateur, « La fidélité a-t-elle vraiment du bon ? ».
Puisque j’apprécie Montaigne et son humilité, c’est à lui que je veux associer d’abord mon raisonnement : nous sommes des êtres en perpétuel mouvement, et je crois qu’une grande partie de ce qui entrave ce mouvement mérite d’être soumis à un solide examen pour prouver sa valeur.
Nous sommes « flux de vie » et il importe, pour vivre pleinement, d’accueillir, avec le plus d’ingénuité possible, ou en tout cas sans s’empresser de le « recoder », ce qui nous traverse. Cela implique de ne pas trop s’embarrasser de fidélités.
D’accord, mais tout cela est bien conceptuel. Je dois admettre que j’ai croisé, dans mon parcours, quelques électrons libres qui semblaient ne s’attacher à rien ou, en tout cas, à peu de choses : ils multipliaient les expériences et les rencontres sans se soucier, en apparence, de cohérence. Je les considérais, au départ, avec admiration ; mais, au fil du temps, avec scepticisme. Que cherchaient-ils à fuir ? Où étaient leurs fidélités ? Sans doute, nécessairement, quelque part – simplement invisible à l’oeil nu.
C’est que, pour toute finalité, la fidélité remplit peut-être celle-ci : répondre à un besoin. Celui, potentiellement, de préserver un minimum de cohérence. Pas besoin de se figer dans des appartenances pour cela : la cohérence peut se construire dans le récit que l’on façonne a posteriori, à partir de ce que l’on a vécu, des horizons que l’on a traversés. La boussole, ce qui a constitué notre fidélité première, se fait jour alors assez naturellement… même si nous l’avons perdue de vue, elle ressurgit. Est-ce à dire qu’on peut être fidèle à quelque chose que l’on ne conscientiserait même pas ?
La vraie fidélité est peut-être celle qui ne nous donne à aucun moment le sentiment de nous enfermer ; celle qui, discrète, tisse le fil d’une existence apparemment diffuse sans jamais la déterminer.
LZ
Atelier Stylosophie « A quoi doit-on être fidèle ? »

