De la promesse à la fidélité, une question de temps ou de juste résonance ?

A quoi doit-on être fidèle ?, Christine T, Polyphonie

Devant la question « à quoi doit-on être fidèle? « , l’élève insolent objecte spontanément, avant même de déplier ce qu’on entend par fidélité et d’en rechercher l’objet… – Mais pourquoi « devrait-on » ? A quelle instance morale répond-on ?

Laissons méditer l’élève…

Prenons le choix de la promesse comme objet de la fidélité, une promesse faite plutôt à soi-même qu’à autrui, voire à Dieu. 

Ainsi, un personnage amoureux chez Proust se promet de veiller à toujours garder son amour aussi fort qu’il le ressent au moment présent, de tout mettre en œuvre pour ne pas le laisser s’affaiblir. Décision ferme et forte, mais décision folle d’amoureux, qui, face au déclin de son sentiment, n’a pas la force de manipuler son désir, et n’en a plus même la volonté.

Dans une autre situation, voilà une jeune Carmélite, qui, appelée par la puissance de sa foi, après toute la réflexion et la préparation requises, a prononcé ses vœux, absolument résolue à leur rester fidèle. Or, si sa foi décline, si le doute l’envahit intensément, durablement, à quoi restera-t-elle fidèle ? A ses vœux, mais non à ce que son âme et son cœur lui font entendre ?

« Avec le temps, va, tout s’en va… » nous chantait Léo Ferré, ou, dans le joli style de Montaigne : c’est un monde où « toutes choses y branlent sans cesse »…

Promettre d’être fidèle à sa parole, est, on le sait, une promesse sur l’avenir, dont on ne peut répondre.

Ici, il s’agit d’un engagement envers soi, ou envers Dieu, une situation première, en quelque sorte, avant l’immense complexité d’un engagement envers autrui, envers un groupe. Ainsi, comment résoudre ce conflit interne, rester fidèle à sa parole, par ailleurs gage d’une voie tracée plus sécurisée, ou être à l’écoute de son sentiment profond, au risque évident de devoir composer, s’adapter à ce « branle perpétuel » ?

Proposons de tendre l’oreille à cette musique interne qui nous donne la note qui sonne juste; celle qui promet l’harmonie entre un désir sincère et le choix de nos fidélités. Entendre ce qui sonne juste en nous ne nous épargnera certainement pas toutes les nuances des « arrangements », pas de côté, compromis, que la multiplicité des situations implique. Mais en être conscients pourrait constituer un socle minimal dans l’engagement, avec soi-même et avec autrui… ?

Fidélité donc, à cette note juste qui résonne en nous ?

Resté critique sur l’aspect moral de la question, la voix à demi ensommeillée de l’élève insolent se fait entendre :

–  On devrait donc être fidèle à cette note qui sonne juste ? Pas très catégorique, comme impératif, s’amuse-t-il à juste titre…

Christine T

Atelier Stylosophie « A quoi doit-on être fidèle ? »