Donner sans retour : l’heure des comptes

Laura C, Le don gratuit existe-t-il ?, Polyphonie

Le don gratuit existe-t-il ?

Un don véritable serait-il celui dont on sait qu’il ne sera jamais rendu ?
Donner de l’argent à une personne durablement pauvre, offrir du temps à quelqu’un en fin de vie… Le don apparaîtrait alors comme une manière de rétablir un déséquilibre subi, sans attendre en retour ni privilèges, ni réseau, ni reconnaissance.

Mais cette conception suppose d’ignorer ce qui se joue en nous. Une part de nous peut nous pousser à donner pour apaiser une culpabilité, une honte d’avoir trop, ou pour se racheter. On atténue cette voix en donnant – et cela demeure, d’une certaine façon, un calcul.

Un don peut être gratuit envers autrui sans être totalement désintéressé envers soi-même : il répond souvent à un besoin intérieur, ce qui n’a rien de condamnable. Le problème apparaît lorsqu’il devient un “crédit moral”, c’est-à-dire se croire autorisé à mal agir parce qu’on a fait le bien (“je me sens le droit de torturer des chatons parce que j’ai donné à Emmaüs”).

Le don gratuit existe, quelles que soient les intentions qui le motivent et le contentement, parfois inconscient, qu’il procure. Mais tout don gratuit n’est pas nécessairement souhaitable.

Si l’on me donne de l’argent sans contrepartie et en respectant pleinement mon autonomie quant à son usage, accepter son don n’est peut-être pas judicieux si je cherche à sortir de l’alcoolisme et que je sais que je céderai à la tentation.
De même, si un voisin nourrit gratuitement les pigeons et les rats, son geste généreux peut nuire à la collectivité.

Il est donc utile de cesser d’idéaliser le don “gratuit”. Même lorsqu’il semble ne rien coûter ni au donateur ni au bénéficiaire, il peut avoir un coût pour la communauté – par exemple pour la ville de Paris.

Laurence

Atelier ‘Le don gratuit existe-t-il ? »