Se connaître soi-même pourrait être apparenté à processus plus qu’à une finalité, à
un chemin émaillé de rencontres, d’interactions, d’échanges plus qu’à un état. Toute
personne croisant notre route renvoie, tel un miroir, une image de nous, par le biais d’un
regard porté sur nous depuis l’extérieur de nous ; regard que nous sommes incapables de
porter directement sur nous-même. Ce reflet est certes imparfait, incomplet, inachevé.
Néanmoins il apporte des éléments qui nous aident à en savoir plus sur nous-même. Au
cours de notre vie surviennent de multiples événements : beaux, tristes, anodins, décisifs,
traumatisants, inoffensifs, mémorables, anecdotiques, enthousiasmants, déprimants. Des
liens humains se tissent, nous ressentons des émotions, nous agissons, réagissons,
bougeons, décidons. Certains conflits nous freinent, d’autres nous propulsent vers l’avant.
Ces actions, réactions, mouvements, décisions sont autant d’actes qui disent quelque chose
de nous. C’est par la diversité des femmes et des hommes approchés, la multitude des liens
établis, la variété des situations vécues que nous avons l’opportunité d’apprendre de, et sur
notre fonctionnement : de, et sur nous. La compagnie d’autrui est une merveilleuse façon de
recueillir des pièces du puzzle qui forme notre identité.
Chaque pièce de ce puzzle représente un infime morceau, une facette de nous.
Insignifiante si elle est isolée, cette minuscule pierre prendra tout son sens et son
importance une fois placée correctement rapport aux autres, au sein de l’édifice de « ce que
nous sommes ». Elle s’inscrira alors dans une entièreté, devenant grâce à une mécanique
subtile une composante logique d’un ensemble cohérent. C’est pourquoi il est nécessaire de
procéder régulièrement à un retour sur soi, d’investir l’espace de notre intériorité, d’être
pleinement tourné vers nous. La solitude offre l’occasion privilégiée d’observer, d’analyser,
de juxtaposer, d’associer les pièces du puzzle à disposition mais également de les compléter
avec notre propre vision de nous. Imposée par l’extérieur ou bien choisie volontairement,
exploitée consciemment ou non, cette solitude s’avère quoiqu’il en soit un moment
d’introspection, de réflexivité, la possibilité d’assembler, d’unifier, d’agencer, de
questionner, de voir peu à peu le puzzle prendre forme. Effectuer cette exploration
intérieure paraît une étape féconde, constructive, précieuse, voire indispensable pour
accéder à une meilleure connaissance de nous-même. La solitude : une mise à profit, un
besoin, une nécessité.
Ce que nous savons de nous s’élabore peu à peu, à mesure que nous progressons sur
la route de la vie. Nous nous forgeons une idée qui est à la fois la somme des regards portés
sur nous par les êtres rencontrés sur notre chemin et le produit d’un savant équilibre entre
périodes de sociabilisation et épisodes de solitude. D’une part, il faut tenter de maintenir un
axe en acceptant les déplacements, les pas de côté impulsés par les interactions physiques
ou verbales. D’autre part, nous devons veiller à ménager des moments de solitude, de
calme, pour digérer, assimiler, apprendre de nous, sur nous, par nous. Il reste à savoir si
nous sommes réellement assurés de pouvoir un jour terminer le puzzle, aboutir à une
connaissance complète de nous-même. La connaissance de soi ne serait-elle pas une
gageure ? Et de plus, est-ce que se connaître implique de se comprendre ?
Virgine
Atelier STYLOSOPHIE « La connaissance de soi passe-t-elle par l’expéreince de la solitude ? »

