La connaissance de soi ou l’art de faire un puzzle en marchant

La connaissance de soi passe-t-elle par l'expérience de la solitude ?, Polyphonie, Virginie

Se connaître soi-même pourrait être apparenté à un processus plus qu’à une finalité, à un chemin émaillé de rencontres, d’interactions, d’échanges plus qu’à un état.

Toute personne croisant notre route renvoie, tel un miroir, une image de nous, par le biais d’un regard porté sur nous depuis l’extérieur de nous ; regard que nous sommes incapables de porter directement sur nous-mêmes. Ce reflet est certes imparfait, incomplet, inachevé. Néanmoins, il apporte des éléments qui nous aident à en savoir plus sur nous-mêmes.

Au cours de notre vie surviennent de multiples événements : beaux, tristes, anodins, décisifs, traumatisants, inoffensifs, mémorables, anecdotiques, enthousiasmants, déprimants. Des liens humains se tissent, nous ressentons des émotions, nous agissons, réagissons, bougeons, décidons. Certains conflits nous freinent, d’autres nous propulsent vers l’avant. Ces actions, réactions, mouvements, décisions sont autant d’actes qui disent quelque chose de nous.

C’est par la diversité des femmes et des hommes approchés, la multitude des liens établis, la variété des situations vécues que nous avons l’opportunité d’apprendre de, et sur, notre fonctionnement : de, et sur, nous. La compagnie d’autrui est une merveilleuse façon de recueillir des pièces du puzzle qui forme notre identité.

Chaque pièce de ce puzzle représente un infime morceau, une facette de nous. Insignifiante si elle est isolée, cette minuscule pierre prendra tout son sens et son importance une fois placée correctement par rapport aux autres, au sein de l’édifice de « ce que nous sommes ». Elle s’inscrira alors dans une entièreté, devenant, grâce à une mécanique subtile, une composante logique d’un ensemble cohérent.

C’est pourquoi il est nécessaire de procéder régulièrement à un retour sur soi, d’investir l’espace de notre intériorité, d’être pleinement tourné vers nous. La solitude offre l’occasion privilégiée d’observer, d’analyser, de juxtaposer, d’associer les pièces du puzzle à disposition, mais également de les compléter avec notre propre vision de nous.

Imposée par l’extérieur ou bien choisie volontairement, exploitée consciemment ou non, cette solitude s’avère, quoiqu’il en soit, un moment d’introspection, de réflexivité, la possibilité d’assembler, d’unifier, d’agencer, de questionner, de voir peu à peu le puzzle prendre forme. Effectuer cette exploration intérieure paraît une étape féconde, constructive, précieuse, voire indispensable, pour accéder à une meilleure connaissance de nous-mêmes.

La solitude : une mise à profit, un besoin, une nécessité.

Ce que nous savons de nous s’élabore peu à peu, à mesure que nous progressons sur la route de la vie. Nous nous forgeons une idée qui est à la fois la somme des regards portés sur nous par les êtres rencontrés sur notre chemin et le produit d’un savant équilibre entre périodes de sociabilisation et épisodes de solitude.

D’une part, il faut tenter de maintenir un axe en acceptant les déplacements, les pas de côté impulsés par les interactions physiques ou verbales. D’autre part, nous devons veiller à ménager des moments de solitude, de calme, pour digérer, assimiler, apprendre de nous, sur nous, par nous.

Il reste à savoir si nous sommes réellement assurés de pouvoir un jour terminer le puzzle, aboutir à une connaissance complète de nous-même. La connaissance de soi ne serait-elle pas une gageure ? Et de plus, est-ce que se connaître implique de se comprendre ?

Virgine

Atelier STYLOSOPHIE « La connaissance de soi passe-t-elle par l’expérience de la solitude ? »