La formulation du sujet suppose d’explorer la notion même de liberté. Être libre ne se résume pas à la possibilité de faire ce que l’on veut, comme on le veut et quand on le veut. Un cadre, qui ne dépend pas de nous, vient poser des limites à cette définition. La loi, les codes sociaux, autrui, les obstacles matériels, les aléas de la vie sont autant d’empêchements potentiels à la réalisation de nos envies. Ils circonscrivent ainsi un champ d’action, délimitent en négatif un espace au sein duquel les choses dépendent de nous.

Pour autant, nous n’y sommes pas maîtres de la situation. En effet, dans cette zone abritée des contraintes externes s’exerce une influence d’un autre type, une force issue de notre intériorité : la force de nos impulsions. Se libérer de ces dernières reposerait alors sur notre capacité à élaborer notre propre loi intime et individuelle, puis à la respecter.

À ceci s’ajoute le fait que nos facultés de décision et de réalisation restent conditionnées par notre histoire, nos désirs, nos peurs, nos passions, nos inquiétudes. Étudier les causes qui nous déterminent, questionner les origines de nos envies plutôt que de leur obéir serait également une manière d’être libre. Enfin, si on considérait la liberté sous sa forme opératoire, elle pourrait se traduire en actes par l’expression d’une authenticité inhérente à l’instant, en plein accord avec notre personnalité.

Quelle que soit la liberté dont on parle, elle n’est innée pour aucun d’entre nous ; elle s’élabore, s’explique, se construit, se fragilise parfois, se consolide. Dès lors, elle est une conquête, dans la mesure où elle implique une volonté de notre part, la mise à profit de moyens, des efforts, voire des sacrifices. Par conséquent, elle est, à n’en point douter, une conquête difficile. D’autant plus difficile qu’elle représente une valeur unique, irremplaçable, un objectif de vie positionné à la fois en amont et en aval de tous les autres : elle se distingue ainsi par sa non-substituabilité couplée à son universalité.

La singularité de la liberté réside aussi dans son auto-alimentation. Productrice d’énergie, elle se nourrit de celle-ci. Le bonheur, l’amour, l’épanouissement ou la paix constituent, entre autres, des moyens de devenir plus libre ; réciproquement, être plus libre autorise à aimer, à être heureux, serein, accompli. L’accès à la liberté nécessite le déploiement d’une énergie de mouvement ; en retour, il met à disposition une formidable puissance vitale, générant de cette manière un cercle dynamique et vertueux. Désirable isolément, la liberté rayonne et se reflète dans tous les domaines de la vie.

La liberté apparaîtrait donc comme une condition nécessaire et suffisante à l’accomplissement d’un individu. Serait-elle par là même une finalité, une ultime conquête ? Plus qu’une fin, par opposition aux moyens, la liberté prendrait le sens d’une intention, d’une cible à viser ; pas d’une ligne d’arrivée à franchir, ni d’un graal à décrocher.

Une dualité « être libre / ne pas être libre » réduirait la liberté à un objet que l’on possède ou non, une sorte de médaille à gagner ou encore un sésame ouvrant les portes d’un monde idéal. Il s’agirait plutôt d’un principe permanent, d’une idée récurrente, d’une vision de l’existence par et vers laquelle convergeraient nos actions ainsi que nos valeurs. Un guide, un fil conducteur grâce auquel on se sentirait légitime à envisager, contourner, affronter, échouer, se projeter, s’affirmer. Un substrat de notre composition, substrat à partir duquel se développeraient nos desseins, nos projets, nos buts, et qui s’enrichirait de ceux-ci.

Virginie

Atelier Stylosophie « La liberté : difficile mais ultime conquête de toute existence ? »