La question du « qui suis-je ? » ressemble à l’arrivée au sommet d’une montagne. Une sensation vertigineuse, l’impression d’un aboutissement, et simultanément, celle d’une inutilité, voire d’une vanité absolue. Que nous réserve la redescente ?
D’où surgit cette interrogation ? Qui parle, qui demande, et à qui ? Peu importe l’utilité de la question, puisqu’elle a jailli comme un temps suspendu, une prise de conscience brutale. Elle s’impose à celui qui prétend avancer, le contraignant à rejeter les lambeaux de certitudes dont il tentait encore de se couvrir. C’est une sorte d’abandon de poste, inquiétant et anxiogène. Une remise en cause au plus près d’une recherche d’authenticité.
Est-ce pour autant le dialogue individualiste d’un narcissisme exacerbé ? Plus qu’une construction, ne s’agirait-il pas de consentir à la déconstruction d’un soi révolu ? De quel manteau social, psychologique ou formel me suis-je vêtu en croyant porter ma propre peau ? Strip-tease ou pure potentialité ? Qu’est-ce qui enclenche l’impériosité de cette demande ? À qui suis-je sommé de répondre ?
C’est comme la tentative d’un écho renvoyé au vide. Y a-t-il seulement quelqu’un ?
Il me faudra l’autre pour me frotter à cette question, car, à l’évidence, seul, je n’existe pas. Il faut un chemin par la parole, un intérêt pour moi-même qui ne soit valide qu’à condition d’assurer la prise en compte de l’altérité.
Si l’idée galvaudée de liberté ne m’effrayait pas tant, je pourrais m’avancer sur le chemin de ce but à atteindre. Mais l’ignorance de la découverte a de quoi inquiéter.
Dès lors, à l’illusion de savoir enfin ce que l’on est, ne succède plus qu’une seule évidence : tout reste à défaire. Attendez…
Jean-Philippe
Atelier Stylosophie « Qui suis-je ? »

