La connaissance de soi passe-t-elle par l’expérience de la solitude?

Une condition essentielle du ressenti du “soi” est l’interaction avec le monde extérieur. Il s’agit toujours de s’éprouver comme résistance singulière dans les remous du bain de l’humanité et à travers les bourrasques sociales. Et puisque l’inertie est impossible dans le monde réel, la solitude – à moins d’être volontaire ou forcée – demeure fugitive.

Or, c’est dans la répétition de ces brèves retraites que la connaissance de soi se stabilise. Il s’agit de se regarder dans la glace régulièrement. Contempler son visage d’autrefois, reconnaître ce qu’il fut, pour s’assurer qu’il reflète encore notre présent. Ce travail conscient de distanciation et de rapprochement est le socle de l’authenticité. Celle-ci ne réside pas dans une transparence absolue et permanente, mais dans une cohérence dynamique, un devenir permanent.

Cette impermanence est cependant épuisante ; nous avons besoin de repos, de sécurité. Il faut nous présenter, à nous-mêmes et aux autres, comme des alliés reconnaissables.

Pour ce faire, nous érigeons plus ou moins adroitement des refuges temporaires – des masques – et trouvons ainsi un peu de répit au milieu de ce tumulte. Leurs ouvertures filtrent la lumière, leurs parois soutiennent nos joues, nous offrant une immobilité reposante. Leur surface, miroir, renvoie les autres humains à eux-mêmes. Si certains y sourient, d’autres poussent un cri de surprise, de dégoût ou de terreur qui brise le verre. Ces masques nous protègent et nous identifient au prix d’un certain engourdissement, mais ils restent fragiles.

L’authenticité envers soi-même est une ambition louable, mais le soi même doit survivre aux frictions avec les « sois » d’autrui. Nous sommes parfois contraints de ne livrer notre identité que partiellement, derrière un masque choisi pour une circonstance donnée. Ce compromis n’est pas un mensonge. Se reconnaître authentiquement dans un masque à un instant T est possible : c’est l’aboutissement d’une négociation entre ce que nous croyons avoir été, ce que nous aspirons à devenir, et ce monde extérieur dévorant.

Laurence

Atelier « La connaissance de soi passe-t-elle par l’expérience de la solitude ? »