Prendre son temps, c’est se ménager un espace, un intervalle spatio-temporel dans lequel on peut se sentir libre, autonome. Ici ou ailleurs, dans cet « espace-bulle » déconnecté du tumulte ambiant, il est permis de papillonner ou de nous focaliser sur une activité, de nous projeter vers l’avenir ou de nous retourner sur le passé, de vivre pleinement le présent, de contempler, de lire, d’agir, de créer, de transformer.
Prendre son temps, c’est savoir saisir l’opportunité, quand elle se présente, de choisir : nous affranchir des injonctions sociales, mettre de côté les obligations du quotidien, quitter le mode de fonctionnement automatique intégré à notre insu, dire stop à la pression ainsi qu’à la multitude de contraintes qui nous assaillent. C’est décider d’accorder la priorité à nos envies, nos défis, nos aspirations, nos projets ; à l’éphémère, au durable.
Prendre son temps, c’est s’autoriser à regarder par la fenêtre de possibilités qui s’ouvre parfois devant nos yeux, consentir à revoir notre posture. C’est nous rendre disponibles, à nous-mêmes comme aux autres, observer après avoir effectué un pas de côté, appréhender notre environnement sans urgence, habiter le monde consciemment, entrer en résonance avec lui.
Prendre son temps, c’est ajuster en notre faveur la vitesse à laquelle se meut le petit curseur de l’instant présent. Ce minuscule pointeur, marquant obstinément la frontière ténue entre passé et futur, avance inexorablement sur la droite du temps. Nous ne pouvons l’en dévier. En revanche, nous sommes à même de contrôler sa rapidité de déplacement, de manière limitée certes, infime parfois, mais assez pour modifier notre perception du temps qui s’écoule.
Prendre son temps, c’est avoir l’occasion, au cours de sa progression sur la cycloïde de la vie, de tantôt freiner, tantôt accélérer, tout en retenue ou pas. Nous évoluons ainsi chacun à notre façon, décrivant cycles et lignes droites, déroulant le fil de notre existence selon un rythme de base imposé par le cadre collectif, cadence socialement acceptée, néanmoins modulable en partie.
Prendre son temps, au sens de « prendre du temps pour soi », ne consisterait-il finalement pas à prélever un morceau de temps objectif, physique, mesurable, puis à se l’approprier afin de le synchroniser sur son temps intime, subjectif et qualitatif ? Il s’agirait alors d’un processus, inhérent à chaque individu, un mécanisme cohérent visant à rendre opérante sa propre temporalité, peut-être un moyen parmi d’autres d’atteindre une forme d’harmonie intérieure.
On pourrait alors légitimement se demander si la capacité à prendre son temps suppose d’avoir au préalable une connaissance de soi « suffisante ». Prendre du temps pour soi serait-il une condition nécessaire au bonheur ? Doit-on se connaître soi-même pour s’épanouir ?
Virginie
Atelier Stylosophie « Qu’est-ce que ‘prendre son temps’ ? »

